Rubrique : Chroniques

Publié le : 9 mars 2006
Raymond BONI FORTUNA 21 OCTET

TERRONES Suite andalouse pour Odile, Gérard et Eric Terronès

Label Blue Marge


Raymond Boni définit ce projet comme une tentative pour « évoquer l’Andalousie parisienne de Gérard Terronès, imaginant une de ses journées de productions musicales à travers lesquelles il exprime son impression du monde... ». On y décèle évidemment la mesure du sud : terres contrastées, tumultes et harmonies, parfums entêtants et délicieux. L’intrusion du réel au discours musical donne également une aura particulière : des bruits alentour (voix, voiture, bruit de pas, oiseaux, etc) enregistrés à Paris et à Marseille par Jean-Marc Foussat viennent alimenter un tissage de matières sonores éblouissant. Les réalités se superposent, se croisent, se mêlent, s’invectivent. Ce procédé permet d’assurer les transitions entre chaque séquence mais son intérêt réside essentiellement dans sa portée poétique et imaginaire.

Voici un disque pleinement habité, brutal et éloquent, comme un rêve qu’on traverserait avec plaisir. Un duo saxophone / voix d’une sobriété touchante nous introduit dans cet univers : « Nana del Anochecer » annonce une vie nocturne, fluide, entre douceur et véhémence. « Encuentras Sobre el Golpe » se présente comme un télescopage entre lyrisme et réalisme ; on y perçoit la lumière du sud. La voix de Laure Donnat déambule majestueusement sur les paysages contrastés dessinés par les guitares (Raymond Boni, Rémi Charmasson), soufflant (Joe McPhee) et cordes (Anna Startseva, Emmanuel Cremer, Bastien Boni) : extravagance déconcertante, magnifique. « Tiene Alma el Camino del Tiempo » se tient d’avantage du côté des larmes _ on pense à certaines musiques persanes ou soufies. On est en présence d’un chant profond et lointain qui nous rappelle ces moments où la joie va de pair avec les pleurs. « Fiesta de Bogo en la Calle », écho à la seconde séquence, commence par un duo de guitares, que déchirent ensuite les rires de Laure Donnat puis les arabesques du saxophone ou de la trompette et des cordes : musique funambule, fantasque pendant près de vingt minutes, _ la nuit a une âme. Puis, le songe se termine par où il avait commencé, une nouvelle fois un duo saxophone / voix, « Nana del Amanecer » : chant presque murmure, enfance réinventée. La beauté tire sa force de sa fragilité même, plus que jamais.

Ce disque est une fête, une danse au bord des larmes ou au point du jour rieur, un déambulatoire fabuleux où chaque pas rend son éclat à la nuit. Vertigineux.

Géraldine Martin

Publié dans Improjazz






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