Rubrique : Chroniques

Publié le : 17 janvier 2005
ELLERY ESKELIN

Ten

Label Hat Hut


La célébration des dix ans d’existence du trio Eskelin / Parkins / Black est à l’origine de ce huitième enregistrement sur le label Hat Hut. Le saxophoniste new-yorkais, pour marquer l’événement, a convié la chanteuse anglaise Jessica Constable, les Américains Melvin Gibbs (bass) et Marc Ribot (guitare).
En premier lieu, ce disque nous rappelle l’effervescence de la scène alternative américaine. Ce microcosme, s’émancipant du néo-bop, propose une musique vivifiante, nouvelle et accessible ; on pense évidemment à Tim Berne, Matthew Shipp, Susie Ibarra, Gerry Hemingway, etc. Le dynamisme qui caractérise ces musiques est d’emblée perceptible dans Ten.
Ellery Eskelin se situe toujours autant dans une urgence expressive à laquelle Jim Black prend subtilement part. Une rythmique complexe et audacieuse alimente ainsi le flux Eskelin. Face à ce jeu dense et libertaire, la multi-instrumentiste Andrea Parkins intervient avec délicatesse et joue à merveille de ses filtres poétiques, que ce soit au piano, à l’accordéon ou au laptop.
Malgré une grande complicité, le trio laisse beaucoup d’espace à ses nouveaux acolytes. Le sextet n’est pas présent sur la totalité de l’enregistrement ; plusieurs formules instrumentales se succèdent, donnant lieu à de savoureux passages en duo et en trio. Le duo sax/voix « Tell Me When » en est un bel exemple : Jessica Constable mène Eskelin vers plus de retenue par sa conception presque minimaliste du chant et ses notes tenues, étirées ; à d’autres moments, c’est plutôt la carte du contraste qui est jouée. Cela n’en laisse pas moins transparaître l’émotion dans toute sa plénitude. Notons que sur les autres morceaux où elle intervient, la chanteuse occupe aussi l’espace de cette manière, tout à fait originale, en s’intégrant parfaitement à la dramaturgie de l’ensemble. Quand aux bassiste et guitariste, même s’ils viennent d’univers un peu différents, plus balisés (du moins, ces derniers temps semble-t-il), ils pratiquent la même ferveur dans l’échange et participent généreusement à cette énergie et à ces forces élémentaires qui traversent la musique du trio initial.
En somme, un disque plutôt enivrant qui permet de bien commencer l’année...

Géraldine Martin

Publié initialement dans Citizenjazz.com






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