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Publié le : 12 décembre 2010
Trois sorties toulousaines...

La scène toulousaine présente actuellement une vivacité étonnante avec l’émergence de formations et de musiciens naviguant sur des esthétiques éclectiques et passionnantes. Des structures de production particulièrement actives en haute Garonne soutiennent ces projets telles que Freddy Morezon ou Linoleum.
Trois nouvelles parutions de ces labels marquent l’automne 2010 :Pour en finir avec 69 (chez Freddy Morezon), dernier opus de la Friture Moderne et deux duos, Belo Belo (coproduction Freddy Morezon - Buda Musique), et l’album éponyme d’Agafia (Label Linoleum). Trois disques captivants à bien des égards et représentatifs du dynamisme qui anime la ville rose...

 

Pour en finir avec 69  

 

Walter BARBERA, trompette et basse ; Benoît CAZAMAYOU, accordéon, clavier, piano, tuba et chant ; Sébastien CIROTTEAU, trompette et électronique ; Marc DÉMEREAU, saxophones alto, baryton, soprano, scie, électronique, chant et composition ; Fabien DUSCOMBS, batterie et marimba ; Ruben GUIU, trombone ; Michel PECHBERTY, trombone et marimba ; Piero PÉPIN, trompette, bugle, tuba, samples et électronique ; Pascal PORTEJOIE, percussions ; Olivier SEIWERT, saxophones ténor, alto, samples et électronique ; Mathieu SOURISSEAU, soubassophone, guitare et banjo.

La Friture Moderne rassemble une douzaine de musiciens, souvent multi instrumentistes et surtout débordant de créativité, proposant par ailleurs chacun des projets atypiques, _ on peut citer parmi eux le Tigre des Platanes, Cannibales et Vahinés ou bien encore les projets solos de Marc Démereau ou Benoit Cazamayou. Cette « Fanfare de Luxe », comme on la surnomme parfois, allie cuivres, vents, percussions et accordéon mais aussi mégaphones rappelant que cette musique peut investir la scène autant que la rue, avec une certaine force revendicatrice d’ailleurs...
Grâce à ce nouvel opus, elle revisite, de manière délicieusement déjantée mais toujours à propos, des morceaux, sortis pour la plupart en 1969, d’artistes aussi différents que Ferré, Gainsbourg, Hendrix, Brigitte Fontaine, Carla Bley, Pharoah Sanders, Pink Floyd, Frank Zappa, King Crimson, David Bowie, Albert Marcoeur, etc. ; tous emblématiques de cet époque d’émancipation dont on essaie, nous expliquent les musiciens de la Friture, « aujourd’hui de nous faire oublier les idées et les valeurs ».
On peut citer par exemple le détonnant « The Creator Has a Master Plan » (Pharoah Sanders) ou « Mercedes Benz » (Janis Joplin) dans lesquels les paroles traduites en français et les arrangements de Marc Démereau réactualisent avec pertinence et humour ces chansons mythiques ; ou bien encore cette incursion magnifique de Léo Ferré (« Il n’y a plus rien ») sur la musique de « Who Knows » de Jimmy Hendrix. Ce vent de liberté et cette verve jubilatoire atteignent leur paroxysme dans le Medley final explosif où se côtoient une dizaine d’artistes cités plus hauts. La dérision souvent de mise et une poésie du décalage rendent ce disque et cette formation particulièrement attachants. Certainement, un bon antidote contre la morosité castratrice ambiante...

 

 

Belo Belo  

 

Mathieu SOURISSEAU, basse acoustique ; Eténèsh WASSIÉ, voix + Sébastien CIROTTEAU, trompette ; Nicolas LAFOUREST, guitare ; Alex PIQUES, batterie ; Gaspar CLAUS, violoncelle.

Belo Belo témoigne de la magie d’une rencontre, celle qui opère entre Etenesh Wassié, chanteuse éthiopienne d’origine azmari, et le bassiste Mathieu Sourisseau. Une collaboration initiée au sein du Tigre des Platanes où les deux artistes affichaient déjà une belle complicité.
Dans la continuité de cette aventure, le duo revisite des chants et poèmes issus de la culture éthiopienne traitant souvent d’amour ou décrivant la beauté des contrées d’où vient la chanteuse. L’éloquence et le dynamisme d’Étenesh Wassié s’accordent à merveille avec la finesse de jeu de Mathieu Sourisseau. Cet alliage entre voix et basse acoustique se révèle propice aux jeux de contrastes et de transparences tout en s’ancrant dans une puissance expressive étonnante. Des invités interviennent sur certains morceaux pour ponctuer ou magnifier ces échanges de quelques résonances fructueuses. Seul ou accompagné, le duo navigue ainsi sur des flots d’émotions ou sur les vagues de la surprise, mettant à jour une constante générosité.

 

 

Agafia  

 

Agafia, duo constitué de Marc Maffiolo (saxophones basse et ténor) et Laurent Paris (batterie), a enregistré ce disque éponyme lors d’un concert donné au théâtre du Pavé à Toulouse (dans le cadre d’ « Un pavé dans le jazz »).
Agafia résonne comme une contrée où l’espace s’étend et laisse fleurir quelques soleils évanescents et pourtant pénétrants. Le geste d’improvisation, la fulgurance de l’émotion nous rendent à une urgence de vivre pleinement tangible. Les résurgences du chant creusent des sillons menant la rencontre sur des chemins inattendus et fertiles. Assurément, ces musiciens tissent quelque chose d’aussi essentiel qu’intense... Une des plus belles découvertes 2010 !

Géraldine Martin






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