Rubrique : Articles

Publié le : 12 avril 2011
François CHASSAGNITE nous quitte.

Le trompettiste François CHASSAGNITE vient de nous quitter soudainement, à l’âge de 55 ans. Il alliait pourtant brillamment ses activités de musicien de jazz à celles d’enseignant au Conservatoire de région de Nice. Niçois d’adoption, il avait ces dernières années donné une belle impulsion à la scène azuréenne où il avait pris sous son aile nombre de jeunes musiciens, Ceux-ci, avec d’autres amis, lui firent, ce lundi 11 avril au reposoir « La passerelle », un adieu musical émouvant, avant son enterrement en Corrèze, sa région natale.

Jam Session au Méridien d’Antibes Juan-les-Pins (avec Joshua Redman) - 86.1 ko

François CHASSAGNITE fit son apparition sur la scène du jazz hexagonal au tout début des années 80 et participa alors activement à son essor, en collaborant entre autres à des projets tels que le Big Band Lumière de Laurent Cugny (à l’époque dirigé par Gil Evans), les grands orchestres de Jean-Lou Longnon, Antoine Hervé, Denis Badault, le Pandémonium de François Jeanneau, S.O.S. Quintet (avec Denis Leloup, Marc Ducret), ou bien encore le quintet d’Andy Emler. Il intégra par ailleurs, avec d’autres musiciens de sa génération (Marc Ducret, Yves Robert, Andy Emler, François Verly, etc.), le tout premier Orchestre national de jazz sous la direction du saxophoniste François Jeanneau, en 1986. Il avait aussi développé bien entendu ses propres projets ; « Samya Cynthia », premier enregistrement en leader, sort en 1989 pour le label La Lichère ; viendront ensuite un album en quintet « Chazzéologie » (Instant Présent - 1995), puis « Savane » (Pavillon - 1996) et « Kess-Kess » (Quoi de Neuf Docteur - 1998), deux opus nourris de ses expériences musicales et humaines africaines (rappelons qu’il effectua plusieurs tournées en Afrique avec son groupe « Sorgho » mais aussi avec Salif Keita, Dédé Saint Prix et le nonet d’Arnaud Mattéi).

à la Séguignère 1999... - 51.8 ko

Nous réécoutons, en ce moment même, le dernier album paru sous son nom : « Jubilation » (pour le label suisse TCB - 2006), un hommage à Chet Baker (qu’il avait rencontré au début de sa carrière) empreint d’une grande ferveur. François alterne trompette et chant pour interpréter ces ballades intemporelles. La formule instrumentale intimiste, la fluidité du discours du guitariste Olivier Giraudo et l’assise toute en rondeur du contrebassiste Pascal Masson permettent au lyrisme et au jeu aérien du trompettiste de circuler sans entraves.

On se souvient également, avec émotion, de l’opus précédent : « Un Poco Loco » (TCB - 2000) enregistré avec de jeunes musiciens du cru : Frédéric D’OELSNITZ, piano ; Fabrice BISTONI, contrebasse ; Yoan SERRA, batterie. Un projet qui aurait mérité d’avantage de visibilité dans les médias et les festivals, tant par la pertinence de sa proposition artistique que par son total engagement dans la musique. Ce quartet renouvelait d’une manière sensible et toute personnelle le hard bop. Se transformant souvent en quintet, lors des concerts, avec la présence du saxophoniste Sébastien Chaumont, ce groupe était résolument placé sous le signe de la complicité et de la générosité ; c’est aussi cela qui le rendait aussi passionnant qu’éblouissant, _ tout ceci nous amena à le suivre très souvent dans les salles et clubs de la région, avec d’autres bienheureux mélomanes... Et c’est d’ailleurs cette rencontre avec François Chassagnite et le groupe de cette époque, l’émotion qu’il suscitèrent, qui ont inauguré pour nous l’envie d’écrire sur la musique... Voici donc ce que nous écrivions sur ce quartet, plus ou moins maladroitement, il y a une douzaine d’années, suite à l’enregistrement du disque « Un Poco Loco » :

« Élégant grâce à une justesse implacable, François Chassagnite avance sur un fil. Détenteur d’une sérénité et d’un équilibre assuré par si peu de choses, il parcourt ce que le poète Rilke a appelé l’ « Ouvert », _ ce musicien tient-il de l’ange ? _. Il a eu la clairvoyance de choisir comme pianiste et arrangeur Fred d’Oelsnitz. Ce pianiste se livre par éclats, par brisures ; d’où le recours à des dissonances qui tendent à consolider la beauté du discours ou bien à l’obstination lancinante de certaines figures rythmiques. Yoan Serra, à la batterie, comprend merveilleusement Fred et François et dépasse son rôle d’accompagnateur : un véritable dialogue s’instaure auquel Fabrice Bistoni à la contrebasse prend subtilement part. Ce contrebassiste est un partenaire de premier ordre ; imposant la sureté de son assise rythmique, il occupe l’espace d’un son généreux. Ces quatre musiciens sont soucieux d’engager leur authenticité dans leur musique et de faire coïncider l’art avec la vie. C’est sans doute cela être un peu fou, « Un Poco Loco »... »

Géraldine Martin






Imprimer cet article